DRÔLE DE TEMPS DANS LE QUEYRAS - (Vous connaissez?)

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DRÔLE DE TEMPS DANS LE QUEYRAS - (Vous connaissez?)

Messagepar Herr Omar » Sam Fév 04, 2006 4:02 am

DRÔLE DE TEMPS

Cet après-midi-là, rien ne laissait supposer que la température allait descendre de plus de vingt degrés en quelques heures et qu'il neigerait vers le soir.

Il y avait une dizaine de jours que nous parcourions le Queyras, cette région des Alpes du Sud située à la frontière italienne. Nous avions grimpé des coteaux aux hameaux abandonnés, franchi des cols enneigés, traversé des alpages encore déserts, campé dans la montagne au bord de torrents à l'eau glaciale et pure. Nous arrivions à Château-Queyras par le chemin des écoliers, celui qui enjambe le torrent du Guil en aval de cette ville et le remonte en contournant le fort. C'est sur cette petite route sinueuse et sans grande circulation que nous atteignirent soudain quelques bourrasques inattendues. Nous étions le 22 juin. Elles me rappelèrent instantanément les automnes en forêt de Fontainebleau, Pâques sur les côtes de Bretagne. Je ne sais ce qui pouvait entraîner mes pensées si loin de cet après-midi d'été, si loin du Queyras, si ce n'est cette manière franchement hors de saison qu'avait le vent de vouloir souffler tout à coup. J'eus soudain la conviction qu'une tempête se préparait quelque part dans les environs. Un couple d'un certain âge, occupé à faucher un champ guère plus grand qu'un drap, nous assura qu'ils ne savaient pas si le mauvais temps nous était destiné, mais il était évident que la pluie ne les prendrait pas par surprise. Nous les laissâmes à leur ouvrage et atteignîmes bientôt le sommet de la colline puis l'entrée ouest de la ville, celle du moulin à vent, en contrebas duquel nous abandonnâmes nos sacs, le temps de faire un tour en ville.

Château-Queyras a bien des charmes, cela est certain, mais nous y venions avant tout par nécessité de réapprovisionnement. Le fort, cependant, nous intéressait, et nous aurions bien aimé le visiter, ne serait-ce que pour la vue magnifique que l'on doit avoir depuis ses tours, ses remparts, mais il était fermé, comme presque tout le Queyras d'ailleurs, à cette époque creuse de l'année. C'est pourquoi, ayant fait nos achats dans ce qui nous sembla être le seul magasin d'alimentation ouvert de la ville, nous nous empressâmes d'aller retrouver nos sacs.

C'est en bas de la ville, près du Guil, que nous revîmes le couple rencontré une heure ou deux plus tôt. Ils étaient à l'œuvre, fauchant un nouveau champ minuscule, enfonçant d'un geste rapide leur chapeau sur la tête de façon à ce qu'il ne s'envole pas. Je me dis qu'il était inutile de leur redemander ce qu'ils pensaient du temps.

A grands pas, chargés de nos sacs à dos lourds de fruits, de légumes, de fromage, de pain et même d'une bouteille de vin, nous attaquâmes le GR 5 vers le sud à la recherche d'un lieu de camp. Malheureusement, le sentier s'élève dès le départ, traversant un bois à flanc de coteau, croisant et recroisant sans cesse une petite route en serpentin sans jamais aboutir à la moindre clairière. Nous étions encore dans ces bois quand les premières gouttes de pluie tombèrent, d'énormes gouttes, lourdes et froides, qui, petit à petit, se transformèrent en une pluie fine et régulière. Enfin nous débouchâmes sur les premiers alpages, déserts mais tout souillés de bouse et défoncés en certains endroits par le piétinement de centaines de sabots. Comme le GR 5 traverse ces alpages, il nous apparut bientôt qu'il était pratiquement impossible de trouver un lieu de camp propre sans nous éloigner du sentier.

En bordure des prés et légèrement en contrebas coule le torrent du Vallon. Nous y descendimes et Christina découvrit rapidement une petite terrasse de quelques mètres carrés de l'autre côté du torrent, en bas d'un chemin forestier. Là, au pied de deux ou trois sapins, le sol était plat mais très pierreux. Cependant il était déjà six heures et demie, il pleuvait, il faisait froid et nous commencions à avoir faim. Il n'y avait pas à hésiter. La tente extérieure fut montée en cinq minutes, le sol nettoyé de ses pierres et branchages, la tente intérieure montée à son tour et le tout tendu et consolidé avec de grosses pierres tirées du lit du torrent. A l'intérieur, Christina s'affairait, meublait, cuisinait. De notre campement nous pouvions voir trois ou quatre vaches immobiles dans la pluie glaciale. Je remplis nos gourdes au torrent et rentrai m'asseoir près de notre réchaud-tempête. Bientôt le diner fut prêt, un vrai dîner "maison" quoique "en campagne", réchauffant, nourrissant, délicieux, complet. Par l'ouverture protégée de la tente nous observions la pluie sans fin qui mouillait les pierres et les plantes et semait son silence apaisant sur chaque centimètre carré d'un monde alpin perdu dans la brume.

Soudain de gros flocons de neige fondue remplacèrent la pluie et vinrent s'écraser sur la terre humide. Il était huit heures. Notre haleine se détachait sur la lumière faible du crépuscule tandis que nous rangions les sacs de nourriture et le réchaud à l'entrée de la tente. Les vaches avaient disparu. Etaient-elles allées se réfugier sous les arbres? Quelque berger était-il venu les chercher pour les mener vers l'une des étables que nous avions aperçues à la sortie du bois? C'était étrange comme le départ de ces braves bêtes augmentait tout à coup notre solitude.

A huit heures et demie la neige tomba pour de bon. C'était incroyable. Tout disparut bientôt sous une épaisse couche de neige, le paysage lui-même s'estompa. On se serait cru à Noël. C'était en fait six mois trop tôt - ou trop tard - et cela donnait à cet événement quelque chose de féérique, de surnaturel. Je me souvins d'un noël au Rouge-Rupt, une ancienne maison forestière perdue dans les forêts des Vosges, quelques années après la guerre. C'était un souvenir magnifique.

La nuit tombait. Je fermai les portes. A la lueur de ma lampe de poche j'observai notre domaine pyramidal de deux mètres sur deux, imperméable, étanche, isothermique, relativement sûr, relativement confortable. J'aperçus nos matelas de sol isolants, nos duvets chauds, nos pulls supplémentaires. A l'entrée de la tente était rangé notre réchaud-tempête, capable de fonctionner par -30 . Tout était bien. Tels les marmottes dans leur tunnel, nous pouvions attendre sans crainte le retour de l'été.

Je m'enfonçai dans le sac de couchage moelleux. Deux épaisseurs de toile mince nous séparaient de ce monde alpin enneigé au centre duquel nous avions planté notre tente. L'un de nous dit soudain quelque chose comme "Je me demande à quoi tout ça ressemblera demain matin..." et j'éprouvais déjà le plaisir de découvrir que nous étions ensevelis sous un mètre de neige fraîche.

Le lendemain, 23 juin, la neige avait disparu de notre domaine pierreux mais elle tenait bon dans les alpages. Ce fut un jour gris et froid, avec des averses. Nous restâmes sur place pour le plaisir de rester sur place, de nous laver dans le torrent glacial, de nous sécher devant un feu de bois que j'allumai dans le lit du torrent et qui brûla toute la journée sans interruption. Quand nous repartîmes au matin du 24, de grandes plaques de neige tachetaient encore les alpages et l'air était frais et humide comme en avril.
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Messagepar chager » Sam Fév 04, 2006 2:57 pm

c est marrant je comprend tout cette fois

merci on va dire a françois de faire un nouvel espace
pour tes textes
et les regroupés :wink:
Avec le temps et la patience, la feuille du murier devient de la soie
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