Il y a eu dans les temps historiques un peuple, ou plutôt une confédération de peuples, qui portait le nom de Celtes, qui occupait la partie des Gaules comprise entre la Garonne et la Seine, et qui arrêta pendant plusieurs années les légions de Jules César. Ceux qui prennent le nom de Celtes dans cette acception purement historique et politique disent que les Celtes étaient d'une taille un peu au-dessous de la moyenne, qu'ils avaient des yeux et des cheveux de couleur foncée. Ils se basent, non sur le témoignage de César, qui s'est borné à dire que les habitants de la Gaule celtique différaient des autres Gaulois par les moeurs et par le langage, mais sur l'étude des populations actuelles des régions où les descendants des anciens Celtes de César n'ont subi que des mélanges insignifiants et ont dû conserver, avec la prépondérance numérique, des caractères physiques peu différents de ceux de leurs ancêtres gaulois.
Ce sont là les Celtes de l'histoire. Mais César n'est pas le premier écrivain qui ait parlé des Celtes. Beaucoup d'auteurs, à partir d'Hérodote, avaient signalé l'existence de ce peuple d'après des renseignements vagues, et le plus souvent contradictoires. La Celtique, pour eux, c'était la partie inconnue de l'Europe centrale et occidentale. Ils la plaçaient tantôt au-dessus des Pyrénées, tantôt aux sources du Danube, tantôt sur les bords du Pô, tantôt près de la mer du Nord. Des peuples partis de cette région indéterminée avaient promené leurs armes en Ibérie, en Italie, en Grèce, en Asie Mineure ; les uns furent désignés sous le nom de Celtes, les autres sous le nom de Gaulois. Pausanias, en parlant des Galates qui pillèrent Delphes, dit qu'ils s'étaient appelés Celtes avant de s'appeler Gaulois, et il paraît que d'autres auteurs grecs avaient étendu à tous les Gaulois la dénomination de Celtes, puisque Strabon dit à ce propos que probablement les Grecs n'ont été portés à faire cette confusion qu'à cause de la plus grande célébrité des Celtes. Tout ce qu'on racontait sur l'origine de ces barbares et sur leur pays se réduisait à des traditions incertaines, que le savant Pelloutier (*) a rassemblées, confrontées, commentées, et d'où il a conclu que les Celtes avaient dû, dans l'origine, occuper toute l'Europe, y compris la Grèce, l'Italie et la Sicile. Pour lui, les Germains étaient Celtes, comme les Daces, les Gètes, les Scythes, etc. C'est un système propre à l'auteur, mais ce système n'est autre chose que la conciliation des traditions qu'il a réunies. Tels sont les Celtes de la tradition : un peuple qu'on trouve à peu près partout et qu'on ne peut fixer nulle part. Je n'y insisterai pas davantage, puisque personne aujourd'hui n'adopte les idées de Pelloutier ; je n'en ai parlé que pour montrer que la véritable histoire des Celtes ne commence qu'avec Jules César, et pour légitimer l'expression des Celtes de l'histoire, dont je me suis servi pour désigner les peuples de la Gaule centrale, qui portaient seuls le nom de Celtes lorsque César fit la conquête des Gaules.
D'un autre côté, la linguistique a établi que les Gaulois de la Celtique et ceux de la Belgique parlaient sinon la même langue - ce qui serait en contradiction avec le témoignage des historiens - du moins des langues étroitement affiliées entre elles, et affiliées aussi avec les langues des îles Britanniques. Ces deux langues et leurs divers dialectes, dont plusieurs ont survécu jusqu'à nos jours, forment un groupe bien naturel, émané de la souche commune des langues indo-européennes. Il fallait donner un nom à ce groupe ; il a été désigné sous le nom de langues celtiques, avant même qu'ont sût qu'il était d'origine asiatique. La langue des Celtes de la Gaule est celle que l'on connaît le moins ; il n'en reste que quelques noms propres, quelques mots isolés, qui permettent seulement de la rattacher aux autres langues appelées celtiques, mais qui ne permettent pas d'en apprécier l'importance relative. Si donc les linguistes ont donné ce nom au groupe entier, ce n'est pas en se basant sur des considérations linguistiques ; mais uniquement parce qu'il leur a convenu de choisir, parmi les peuples de ce groupe, celui qui a joué le plus grand rôle dans l'histoire.
Le nom de langues celtiques une fois consacré par l'usage, tous les peuples qui ont parlé et qui parlent encore ces langues ont été désignés par les linguistes sous le nom de Celtes. Et ceux qui ne sont pas habitués à établir une distinction entre la notion de langue et la notion de race, ont admis qu'avant l'époque romaine et l'époque germanique, tous les peuples de la Gaule et des îles Britanniques appartenaient à une seule et même race, la race celtique.
Pris dans cette nouvelle acception, le nom de Celtes désigne dans le présent tous les peuples, bruns ou blonds, grands ou petits, qui parlent encore des langues celtiques, et dans le passé tous ceux qui les ont parlées, et en particulier tous les Gaulois. Or, les Gaulois de Bellovèse et de Sigovèse, ceux de Brennus, ceux qui envahirent la Grèce et l'Asie Mineure étaient, au dire de tous les historiens, des hommes grands et blonds. De là est venue l'opinion que la race celtique était blonde et de haute taille ; et, quant aux nombreuses exceptions que l'on a rencontrées lorsqu'on a voulu mettre cette proposition en présence des faits actuels, on les a expliquées en invoquant tantôt des modifications de type produites à la longue par l'influence des milieux, tantôt des changements dus aux croisements de la race celtique avec une race autochtone.
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L'arbre de descendance des langues indo-européennes
Nous indiquons en italiques les langues qui ont cessé d'être parlées
* le groupe anatolien (Anatolie = pays du Levant, c'est-à-dire l'Asie Mineure, la Turquie actuelle), qui semble s'être détaché le premier du tronc commun, comprenant :
* le hittite, langue d'une grande civilisation qui s'est affrontée à l'Egypte (bataille de Kadesh contre Ramsès II)
* le louvite
* le palaïte
* le lydien
* le lycien, qui dérive peut-être du louvite
N.B. Le hourrite, langue du royaume de Mitanni, n'est pas une langue indo-européenne, pas plus que le turc actuel.
Les savants ne sont pas d'accord sur le phrygien: selon certains, il est proche du grec, selon d'autres du thrace.
* Le groupe indo-iranien
o le védique (langue des Védas, livres sacrés de l'Inde), d'où vient le sanskrit et le prâkrit, et qui a donné naissance à plus de deux cents langues parlées actuellement en Inde et au Pakistan, dont :
+ l'hindi
+ le bengali
+ le marathe
+ le romani (la langue des romanichels ou gitans)
o le vieil iranien : d'où le mède et le vieux-perse, et actuellement
+ le persan (parlé en Iran)
+ le kurde (les Kurdes se répartissent actuellement sur la Turquie, l'Iran et l'Irak)
+ l'afghan
+ l'ossète (langue du Caucase)
* le tokharien, langue du Turkestan russe et chinois, qui se subdivise en tokharien A et B, auxquels on préfère de plus en plus les appellations d'arsi et de kouchi
* l'arménien, qui constitue à lui tout seul une famille
* le groupe grec, parmi lequel, sans entrer dans les dialectes, on peut distinguer entre autres :
o le grec mycénien, à l'origine du grec classique, qui a lui-même donné la koinê (langue commune à tout le monde hellénistique), le grec byzantin, puis le grec moderne
o le dorien, langue des Spartiates, qui survit dans un dialecte de la côte orientale du Péloponnèse, le tsaconien.
N.B. Le grec a une part importante de son vocabulaire qui ne se rattache pas aux racines indo-européennes communes, ne serait-ce que thalassa, la mer. Les Grecs croyaient autrefois avoir été colonisés par des Egyptiens (Danaos par exemple) et des Phéniciens (Cadmos, fondateur de Thèbes), tout en affirmant l'existence d'un peuple autochtone, les Pélasges. C'est un lieu de grande discussion. On a trouvé longtemps commode de supposer un fonds préhellénique non-indoeuropéen. Les partisans d'une pureté ethnique aryenne (dont Haudry 1979) ont tendance à rattacher la langue des Pélasges à un état antérieur de l'indo-européen. Un grand débat a lieu depuis 1987 (publication du livre de Martin Bernal) pour savoir si le grec n'aurait pas emprunté une part de son vocabulaire à l'égyptien et au phénicien.
Une grande famille de langues, regroupées dans le nord-ouest, englobe les langues italiques, celtiques et germaniques, comme le suggérait déjà Meillet en 1908.
* le groupe italique, que l'on divise communément en deux sous-groupes (osco-ombrien et latino-falisque), comprenant :
o l'osque
o l'ombrien
o le vénète
o le rhétique
o les langues parlées en Sicile :le sicule, le sicane, le morgète et l'élyme
o le falisque
o le latin, qui l'a emporté sur tous les autres, d'où viennent les langues dites romanes (italien, espagnol castillan, portugais, français, roumain, langues nationales, auxquelles s'ajoutent le sarde, le corse, le frioulan, le romanche, le rhéto-roman, le provençal, le franco-provençal, le catalan, le galicien, l'aranais parlé dans le Val d'Aran etc.)
N.B. Le latin a été longtemps utilisé par les savants et les diplomates. Le Vatican a créé un organisme qui s'occupe de traduire les réalités modernes en latin, et diffuse un journal dans cette langue.
Etaient parlées en Italie d'autres langues :
- certaines langues indo-européennes, mais ne faisant peut-être pas partie du groupe italique : le messapien, langue du sud-est de l'Italie, qui serait plutôt proche de certaines langues des Balkans ; peut-être aussi le ligure.
- certaines langues dont l'origine reste mystérieuse, dont l'étrusque.
* le groupe celtique, qu'on peut diviser en
o celtique d'Espagne
o gaulois
o lépontique (région des lacs italiens)
* le groupe gaélique : irlandais, écossais et mannois ou manx (dialecte de l'île de Man)
* le groupe britonnique : gallois, breton et cornique (Cornouaille anglaise)
N.B. En dépit de l'appellation "celtibère", l'ibère n'est pas une langue indo-européenne : c'est probablement une langue ou un groupe de langues apparentées au basque actuel .
* le groupe germanique :
o de l'ouest : bas-allemand, flamand, néerlandais, luxembourgeois, haut-allemand, anglais, frison
o de l'est : gotique (qui a subsisté jusqu'au XVIIIe siècle en Ukraine)
o du nord : vieux norrois, danois, norvégien, islandais, suédois
N.B. Le finnois (finlandais) n'est pas une langue indo-européenne
De même que l'on peut rapprocher les langues italiques, celtiques et germaniques, on peut trouver bien des points communs entre les langues slaves et les langues baltes, et quelques-uns avec certaines langues des Balkans (albanais, thrace)
* le groupe slave : le slavon (langue conservée comme langue d'église), d'où les langues slaves
o de l'ouest : polonais, tchèque, slovaque
o de l'est : russe, biélorusse et ukrainien
o du sud : bulgare, macédonien, serbo-croate, slovène
N.B. Le hongrois n'est pas une langue indo-européenne. Elle est apparentée au finnois.
* le groupe balte
o lituanien
o lette (langue de la Lettonie)
o vieux prussien
N.B. l'estonien est apparenté au finnois et n'est pas indo-européen
* le groupe illyrien, comprenant
o le thrace
o probablement le dace
o l'albanais, subdivisé en deux dialectes, le tosque (Albanie proprement dite) et le guègue (Kosovo)