Une tente en février en Laponie ? Une isothermique ? Ce n'est pas le même poids et le même prix, et de loin. Il faut impérativement des matériaux qui ne deviennent pas cassants par grand froid. La pelle à neige est l'accessoire indispensable.
Voir à
http://www.travelnotes.de/scandi/jb/laplanda.htm le compte-rendu de Andrea Keller and Jann Breitschmid en avril 1998. Ils sont partis à 25 kg de bagage chacun. Heureusement ils avaient loué une fjällpulka (pas bien grande), mais il est resté 12 à 15 kg de sac sur le dos d'Andrea.
Ils étaient pourtant à la bonne saison, et avouent pourtant que sans le balisage intensif de la Kungsleden, ils auraient eu tellement de problèmes de navigation qu'ils auraient du renoncer et bivouaquer dans le mauvais temps. Or ils connaissaient déjà ce terrain et ce parcours pour les avoir pratiqués en été. Une des photos mentionne qu'ils se sont réveillés avec -19°C dans la tente, et c'était en avril...
Dans "
Mera ute", page 19 (Göteborgs Offsettryckeri AB, Stockholm 1973), Torvald Wermelin a fait dessiner un petit montage indispensable pour marcher et skier avec la boussole sous les yeux, devant la poitrine, sans les mains (indispensables pour pousser sur les cannes). Je me vois mal tracer ma route dans la tourmente sans avoir ce montage réalisé, et sans la grande et large boussole stabilisée par fluide. De préférence une boussole de plongeur, ou un compas de kayak de mer, très bien suspendus et peu sensibles à la gîte ou à ton assise penchée. Bien entendu, comme des marins expérimentés, vous aurez fait la chasse impitoyable à tous objets magnétiques ou magnétisables, tous les fers à proximité de ce compas de route. Notamment pas de seconde boussole à proximité ! Pas de boucle de bretelle de salopette en fer non plus ! Et pourtant attention à toutes ces boucles de plastique trop faibles qui cassent au pire moment. De nombreux sacs à dos chinois, bon marché, ont ainsi les boucles de bretelles qui ne tardent pas à casser. Remplacer préventivement par le module au dessus. Travaux de couture préventifs souvent indispensables...
Les boussoles s'affolent durant les aurores boréales...
N'oublie pas que si tu as la maladresse de lâcher un gant dans un mètre de poudreuse, tu ne le retrouves pas avant le printemps (mai-juin en Laponie). Tu es bon pour trouver ton gant ou ta moufle de rechange dans le sac, si tu y as pensé, ou te préparer à la gelure et l'amputation. Moi-même deux doigts gelés et gonflés, je ne pouvais plus réenfiler mes gants de skis, et ai dû reposer entièrement sur les moufles pour continuer à progresser.
En hivernale, vous serez aussi exposés à des coulées de poudreuse fluide, que plus personne ne soupçonne plus deux mois plus tard (en avril), sauf à évaluer l'épaisseur des culots d'accumulation et le dénudement des sommets. Prévoir des raquettes plus longues, plus porteuses, comparables aux raquettes de trappeurs canadiens (implicitement, je désigne ainsi les plus coûteuses, les Tubs, mais le dollar US est faible...). Sache aussi qu'une fjällpulka ne pourra pas, et de loin, être aussi chargée dans la poudreuse, très mal porteuse, que sur neige transformée de printemps, sinon elle deviendra un boulet. Donc à chargement égal, obligation de prévoir une pulka plus vaste, plus coûteuse. Penser à la farter.
Encore un détail : on n'igloute pas dans la poudreuse, rien ne tient, rien ne se compacte, tout coule, tout croule... Il faut de la neige déjà transformée et compactée pour iglouter. Un des sites que j'ai visités donne des détails sur la façon de se creuser une tranchée de survie, où l'on se met à deux ou trois, assis dans le sac de bivouac (en nylon imper derrière, respirant très hydrofugé devant, par exemple chez Hilleberg, images à
http://www.hilleberg.se/vinds%E4ck.pdf ). Prévoir qu'on devra peut-être pelleter à la fin de la tourmente, pour sortir de sa tranchée de survie. Sur
http://www.etojm.com/ cherche la page Winterausrüstung :
http://www.etojm.com/Tysk/Praktisches/P ... Winter.htm
Ici en allemand, le correspondant existe aussi en norvégien :
http://www.etojm.com/Norsk/Praktisk/Pra ... utstyr.htm
Le Nødbiuakk et le Snøhule sont là :
http://www.etojm.com/Norsk/Praktisk/Pra ... bilder.htm et là
http://www.etojm.com/Norsk/Praktisk/Pra ... nnskap.htm .
Dans les conditions alpines que j'ai connues, il faut redescendre à l'étage forestier pour pouvoir bivouaquer dans des conditions de sécurité convenables dans une fosse abritée sous un grand sapin ou épicéa : couche de neige bien moindre, moins poudreuse, voire pelletable, relatif abri du vent. Là un simple sac-abri, genre Zdarski ou successeurs permet un bivouac raisonnable sur neige. On n'enchaîne pas les bivouacs sur neige nuit après nuit : plus rien n'est sec (condensation), le duvet devient de moins en moins isolant. Il faut de vrais refuges tôt ou tard, le plus tôt est le mieux. Deux bivouacs ça va. Trois ?
A mon avis on ne retourne en février dans le grand Nord lapon qu'après l'avoir déjà très bien reconnu en été, puis à Pâques, à la bonne saison du ski : être dans un paysage connu, familier, dont seul la nuit et le manteau neigeux ont bouleversé l'apparence.
Le seul avantage possible serait que vous auriez à réserver les hôtels et refuges moins longtemps à l'avance que si vous étiez à l'époque raisonnable. Vous n'êtes pas les seuls qui rêvez des étendues lapones.
La montagne vous réserve bien des nuages et des tourmentes, où vous ne voyez pas grand chose autour de vous. Voir par exemple le soir où j'ai aperçu les chalets de Poutran environ 200 m devant moi, quelques secondes avant que la tourmente me rattrape brutalement, et me dissimule tout, en décembre 1970 :
http://perso.club-internet.fr/lavaujac/ ... tml#4.7.10 .
"
En fait, c’est à la montée d’Oz en Oisans vers l’Alpe, que les vrais problèmes de neige commenceront. J’ai juste en vue, après un détour du chemin, les chalets de Poutran à environ deux cent mètres. Je les vois depuis à peine dix secondes, que suis rattrapé par le nord, par le souffle d’une tempête de neige, violente comme une locomotive qui vous dépasse à pleine vitesse. Je n’y vois plus à quinze mètres dans la tourmente. Confiant dans ma brève vision, je ne fais pas demi-tour, mais je continue de monter vers les chalets. Je les trouve. Ils sont fort délabrés. Je trouve quand même une porte, et un toit pas trop troué, dans le chalet le plus nord du groupe. Cuisine vite avalée. J’installe mon abri Zdarski sur un lit, avec ses sangles suspendues à des piliers ou aux poutres. Le lendemain matin, mon abri sera couvert de neige, dans un lit plein de neige : pas inutile l’abri !"
Bref : moi aussi je déconseille de partir aussi nord, en hiver, sans grosse expérience préalable. Entraînez-vous déjà dans les montagnes françaises si l'enneigement le permet : la route des crêtes dans le Jura, le haut plateau du Vercors, où vous pouvez déjà rencontrer du -25°C, et certaines années le horst de Margeride (de plus en plus rarement enneigé : réchauffement !). Attention aux "pas" qui bordent le plateau du Vercors pour en sortir, ils peuvent être fort avalancheux, très raides. Prévoyez à l'avance des anneaux de main courante, une corde de secours. Faites des exercices de sécurité préalables. C'est indispensable pour avoir ensuite les bonnes réactions à temps.
Par exemple sur le Pas de l'Aiguille, j'aurais dû gréer un baudrier, un anneau de sangle et un mousqueton sur le câble métallique fixe pour en bénéficier, tout en gardant ma progression sur deux cannes. La sanction a été rude, et je m'en sors bien ! Entraînez-vous a monter un bivouac dans la neige au jour, avant d'avoir à le faire la nuit, dans la poudrerie hurlante. Garantissez-vous que vous ne perdrez jamais la moitié de la pelle à neige... Soyez sûr aussi de la force de votre braguette, et de vos fermetures de poches de pantalon. J'ai entendu au refuge Benevolo un alpiniste pester contre sa braguette cassée, alors qu'ils descendaient dans une neige molle, jurant qu'à l'avenir il reviendrait aux vieux boutons. Ils étaient encore en haut bien trop tard, quand plus rien n'était dur ni gelé. A tout instant nous nous attendions à la coulée fatale qui les engloutirait tous. Ils ont eu beaucoup de chance.
Sachez aussi qu'à deux équipiers, votre marge de sécurité est faible. Il vous est indispensable que chacun soit virtuellement incassable et imperturbable pour être d'un réel secours à l'autre. Exemple d'incidents idiots : en descendant du col des Ayes sur Briançon, elle tombe dans la soupe molle. Rien de cassé, mais... mais son bras est enfoui sous elle. Elle est écrasée sous le poids de son sac. Les pieds en haut prisonniers des courroies de skis. Totalement piégée. Il a fallu remonter la dégager. Imaginez-vous chacun dans un piège idiot, qu'aucun n'aura pu prévoir... Ou la frontale de l'un en panne. Comment l'autre le retrouve dans la nuit polaire ?
De toutes façons, en hiver même les rennes désertent la toundra où il ne reste plus rien à brouter, et descendent dans la forêt. Les oiseaux hivernant restent en forêt. En toundra même les petits rongeurs hibernent.
Si tant d'oiseaux migrateurs vont nicher en toundra (dont les oies cendrées de Nils Holgerson), c'est que justement les prédateurs permanents y sont rares : l'hiver est trop long, trop rude. Au fait... il reste quand même des loups. J'ai eu la chance de n'en jamais rencontrer.
Dernière édition par Invité le Dim Nov 14, 2004 2:48 pm, édité 1 fois.